L'UE: Pourrait-on abandonner le PIB pour le Revenu national brut ? Best african economique news - ColorMag

L’UE: Pourrait-on abandonner le PIB pour le Revenu national brut ?

L’Irlande a décidé de délaisser le PIB au profit du RNB, supposé plus représentatif, pour calculer sa richesse. Un choix difficilement applicable pour la France et les autres pays développés.

C’est une première en Europe. L’Irlande a décidé de se passer du PIB et de mesurer désormais sa richesse nationale avec un autre indicateur: le RNB, ou Revenu national brut.

Une telle décision peut paraître paradoxale puisque la croissance du PIB irlandais était de… 26,3% en 2015! Soit le meilleur taux de croissance au monde. Sauf il y a anguille sous roche. Malgré les apparences, ce chiffre ne satisfait pas les autorités irlandaises.

Différence de calcul. Avant toute chose, il faut rappeler la différence entre PIB et RNB. Le PIB (Produit intérieur brut) comptabilise l’ensemble des valeurs ajoutées des entreprises domiciliées dans un pays. Le RNB compile quant à lui, les revenus perçus par les agents économiques nationaux, soit les citoyens et les entreprises ayant la nationalité dudit pays.

Le RNB prend donc en compte les revenus des citoyens qui travaillent dans d’autres pays. En résumé, le PIB calcule la richesse produite dans le pays alors que le RNB se focalise sur la richesse produite par ses citoyens, où ils travaillent.

L’Irlande, un cas à part. Faut-il généraliser l’emploi du Revenu national brut? Pour Christopher Dembik, chef économiste chez Saxo Banque, la réponse est clairement “non”. “Le cas de l’Irlande est extrêmement particulier. Son économie est biaisée par l’activité financière des multinationales. Rares sont les pays comparables”.

En effet, l’économie irlandaise repose en grande partie sur son taux d’imposition sur les sociétés de 12,5%, l’un des plus bas au monde.

Économie trop polarisée. Séduites par ce faible taux, de nombreuses multinationales, notamment les géants du numérique (Google, Apple, etc.), domicilient leur siège européen en Irlande. De fait, c’est à Dublin qu’arrivent tous les bénéfices issus des activités réelles de ces entreprises dans l’ensemble des pays de l’Union européenne.

La situation crée un biais puisque les revenus financiers des sociétés ne correspondent pas à la richesse créée par l’économie irlandaise “réelle”. Cette fiscalité attrayante a en plus une autre conséquence: l’inversion fiscale, un mécanisme utilisé pour les fusions. Il permet à une entreprise absorbée par une concurrente basée en Irlande, de transférer son bilan financier à Dublin.

Et ce, alors même que l’entreprise absorbée n’a aucune activité en Irlande. L’inversion fiscale gonfle donc virtuellement le PIB irlandais.

Cette fiscalité entraîne des flux de capitaux énormes qui sont comptabilisés dans le PIB. Le problème est qu’ils ne correspondent pas du tout à la richesse produite et redistribuée aux Irlandais. Résultat, l’Irlande fait partie de la poignée de pays ayant un RNB très éloigné de son PIB.

En 2015, le RNB irlandais représentait 80% du niveau du PIB. “Cela fait longtemps qu’on sait que le PIB est un indicateur inadapté pour l’Irlande”, estime un groupe d’économistes et d’universitaires présidé par le gouverneur de la banque centrale irlandaise, Philip Lane, dans une série de recommandations. Selon eux, le RNB fournira une indication plus précise et plus fiable de la santé de l’économie irlandaise.

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